A notre santé !

Il y a très longtemps, peut-être 2004, peut-être après. Avant 2010, c’est sûr. Un monsieur me parlait des retraites, que peut-être, on allait repousser l’âge de la retraite, peut-être on n’aurait pas de retraite.
Je lui avais dit de ne pas s’inquiéter parce que comme nos dirigeants étaient en train de casser la Santé, on serait mort avant d’atteindre l’âge de la retraite et que le problème serait résolu.
Rhaaa, mais quel humour à la con. Quel cynisme ! J’ai bien vu que je l’avais horrifié, le pauvre. Que je suis vilaine.
N’empêche !

Ca fait des années que les professionnels de santé tirent la sonnette d’alarme. On les voit à la télé, ils témoignent dans les médias, on les voit sur les plateaux télé, sur les réseaux sociaux, ils écrivent des articles, ils haranguent nos ministres, nos présidents, nos députés, nos sénateurs.
Et ?
Rien.
Ca fait des années que ça dure. Des années.
Je connais une femme médecin qui faisait ses études, il y a 30 ans, des internes passaient dans les amphis pour dire aux plus jeunes étudiants , bougez-vous, dans 20 ans, il n’y aura plus assez de médecins.
Et ?
Rien.
Aujourd’hui ?
C’est une catastrophe. On le sait, vous le savez. Vous le savez, vous, patients. Ah, vous n’êtes pas concernés, vous n’êtes pas encore patients ? Après vous, le déluge ? Cependant avant le déluge, vous y serez confrontés. Si ce n’est pas vous, ce sera donc votre frère, votre mère, votre père, votre enfant puis vous de toute façon. Vous serez mangé. Bref.

Je lis : un imminent cardiologue quitte le CHU de Rouen car il n’en peut plus de ne pas être entendu par les gens de l’administration de l’hôpital quand il réclame plus de moyens pour son équipe et pour ses patients.
Je lis :  fermeture de lits, toujours et encore. Il y aurait une polémique sur les chiffres, l’administration jouerait avec ces chiffres.
Non seulement, il y a des fermetures de lits pour faire des économies (une exigence politique) mais maintenant, il y aurait aussi 15% des infirmières et aides-soignantes qui auraient démissionné selon Les Echos (35 000 postes vacants – revue de presse de Stéphanie Mesnier-Angeli). Parce que ce système d’économie est en train de les broyer, de les détruire. Evidemment, nos petits applaudissements pendant le premier confinement ne les ont pas soulagées. Après ce premier confinement quand il a fallu se rassembler sur les places, devant les bâtiments officiels pour continuer à leur montrer notre soutien, pour demander leur juste reconnaissance, des moyens pour qu’elles puissent décemment nous soigner, c’est curieux, nous avions mieux à faire, il y avait vraiment peu de monde. Nous sommes pourtant les premiers impliqués mais non, parce que nous, patients, futurs patients, sommes un peu pingres de notre temps, nous avons mieux à faire, les autres peuvent agir à notre place. Inconscients que nous sommes. Nous ne nous sentons pas concernés par notre santé. Nous verrons bien. Quand nous verrons, il sera trop tard pour nous.

Je vais vous raconter ce qui nous attend. Je n’invente rien.
J’ai une amie qui était médecin, ça n’empêche pas les cancers d’être médecin. Elle avait un cancer généralisé, était hospitalisée dans un service d’un CHU de province, elle souffrait beaucoup, une nuit, elle a demandé un médicament en complément d’un autre (elle savait ce qu’elle pouvait prendre), l’infirmière ne lui a pas donné parce qu’il n’y avait qu’un médecin ou un interne qui pouvait lui donner mais cette nuit-là, comme les autres sans doute, il n’y avait pas de médecin pour prendre cette responsabilité de lui donner, elle a souffert toute la nuit. Sur la fin, elle était en fauteuil. Le fauteuil s’est pété tellement il était obsolète, elle s’est cassé la clavicule. C’était elle, demain, ce sera nous, vous.
Il y a quelques semaines, j’ai une amie qui a eu un grave problème cardiaque, elle a été hospitalisée d’urgence en soins intensifs dans un hôpital public de province. Elle a eu différents examens et il a été décidé qu’on devait lui mettre un pacemaker dans le but de délivrer des impulsions électriques au cœur qui avait quelques ratés préjudiciables pour sa vie. En gros, elle pouvait mourir d’un moment à l’autre. Ils ont mis une semaine pour l’opérer. Une semaine. Trois fois, durant cette semaine, on lui a demandé de se préparer pour l’opération : à jeun, douche à la bétadine dans un lavabo. Bah, oui, il n’y a pas de douche en soins intensifs. Trois fois. Parce qu’il n’y avait pas suffisamment de personnel pour l’opérer.
Elle me racontait qu’elle avait besoin d’une blouse spécifique pour l’opération, le service n’avait plus de blouse, on a été obligé d’aller en chercher une dans un autre service qui a gueulé parce que ça leur faisait une blouse en moins. Elle a eu droit à une blouse trop petite pour elle.
Dans sa chambre, elle avait froid parce que l’hôpital n’est pas entretenu, il faut changer les fenêtres. Quand on la descendait afin de passer un examen, elle était en fauteuil puisqu’elle était en sursis, elle avait interdiction de marcher. Elle était obligée d’attendre parfois 45 mn qu’un brancardier soit libre pour la remonter. Elle voulait le faire elle-même : ah mais certainement pas madame !
45 mn, à attendre dans un couloir et des courants d’air. Forcément à partir de 16h, il n’y a plus que 5 brancardiers pour 787 lits et les urgences ! C’était elle, demain ce sera nous, vous.
Une semaine d’hospitalisation, une semaine à se morfondre avant d’être opérée ; ça a un coût (j’avais écrit « coup », c’est sûr qu’on s’en prend un coup voire plusieurs !) : de 1370 à 3000€ par jour. 3000€ en soins intensifs !  

Mon mari devait être hospitalisé à Paul Brousse, très grand hôpital parisien dont la renommée n’est plus à faire. Je lui avais dit : ne t’inquiète pas, Paul Brousse a sûrement plus de budgets que ce petit hôpital de province, ça va aller.

La bonne blague.

On devait l’opérer mercredi, 3 novembre. Opération repoussée car les médecins n’avaient pas réalisé que c’était pendant des vacances et qu’il y aurait encore moins de personnel. Opération reprogrammée pour le lundi matin 8 novembre.
Lundi, 8 novembre, réveil à 5h30 pour opération le matin. L’opération a eu lieu à 18h. En attendant, il faut rester à jeun, sans boire, ni manger. Sans boire, ça veut dire déshydratation, maux de tête entre autres. Et le stress qui monte.
Durant son hospitalisation, il a dû passer des scanners de contrôle, ce sont une infirmière et une aide-soignante qui ont été obligées de quitter leur service pour l’accompagner car il n’y avait pas de brancardiers.
Pendant deux jours, il a été mal, a beaucoup souffert, ne pouvait pas se lever. Personne n’a pu venir faire sa toilette, on lui a mis une bassine à côté de lui.
On nous dit qu’aujourd’hui, on prend en compte la douleur, qu’on ne laisse plus les gens souffrir, on a les moyens de limiter vraiment leur douleur. Encore une vaste blague.
Je me souviens après mes césariennes, il y a plus de 20 ans, avoir eu une poche d’antidouleurs, je me souviens que quand elle se terminait, très vite, je sentais la douleur revenir. Cette douleur ne durait jamais longtemps, dans les dix minutes qui suivaient, quelqu’un venait remplacer la poche. Aujourd’hui, c’est fini. Mon mari a parfois attendu une heure et demie qu’on lui remplace la poche. La nuit, dans un service costaud comme celui-ci, où il y a des opérations sérieuses, graves, il y a juste une infirmière et une aide-soignante, elles ne peuvent pas répondre aussitôt, c’est impossible.
Une fois, il est descendu de nouveau pour un examen avec une infirmière et une élève infirmière faisant office de brancardière et il les écoutait. La jeune disait : mais c’est toujours comme ça ?
Oui, répondait l’autre, on ne finit jamais à l’heure, on fait toujours des heures et des heures en plus. Et là, on nous demande d’être brancardière, on n’apprend pas ça dans notre formation, si le patient tombe, on fait comment ?

Mon mari doit avoir un scanner de contrôle le 29 novembre et une autre opération va suivre une à trois semaines après. Pourquoi une à trois semaines après ? Parce qu’il faut attendre que l’équipe soit au complet. La saloperie qu’il a dans le foie, attendra aussi, bien sûr. Aujourd’hui, c’est lui, demain, ce sera nous, vous.

Voilà ce qui attend chacun, chacune d’entre nous, vous y aurez droit aussi, vous n’y échapperez pas ?
Je suis sidérée de voir notre acceptation, notre passivité à subir, à nous laisser maltraiter de la sorte. Notre vie a-t-elle si peu d’importance à nos yeux ? Aux yeux de nos dirigeants (de gauche, de droite, peu importe, c’est pareil), c’est certain, nos vies ne valent rien. Mais nous, quel prix donnons-nous à nos vies ? Pas grand-chose ! Quel fatalisme !
Encore combien de temps allons-nous accepter sans réagir d’inscrire notre petit chéri qui a des troubles spécifiques du langage écrit, notre tendre mamie qui vient de faire un AVC sur des listes d’attente longues, longues de plus d’un an parfois en orthophonie ? Encore combien de temps allons-nous supporter d’appeler tel jour pour avoir un rendez-vous dans six mois, voire un an chez un ophtalmo, un dermato ?

Je tiens absolument à remercier tous les professionnels de santé qui font leur possible et plus pour nous soigner.

Allez, un peu d’énergie, même si notre système français est bien meilleur que celui dans certains pays, ce n’est pas une raison pour laisser cette casse se faire de plus en plus, pas une raison d’abandonner notre santé, nos vies, réagissons, c’est à nous, patients de réclamer des moyens pour qu’on nous soigne correctement. Nous avons besoin de plus de personnel et exigeons que nos soignants soient payés correctement pour qu’ils ne démissionnent plus, exigeons plus de formation de personnel.
Alors, comment réagir, je ne sais pas. Sollicitons nos députés, nos sénateurs, nos maires, les ARS, les CPAM, les médias. Une marche blanche ? Montrons-nous déjà. Combien sommes-nous ? 65 000 000 de français ? Allez, nous sommes peut-être 30 000 000 à pouvoir agir et arrêter d’attendre que les autres se bougent à notre place. J’ai le droit de rêver parce que les rêves sont faits pour être réalisés.
J’attends vos idées.

Si c’est pour me dire : « oh moi, j’irai dans le privé », c’est juste déplacer le problème et c’est un leurre. Parce que le privé, c’est le libéral et nous savons bien qu’il ne tourne pas rond non plus pour preuve la difficulté d’avoir un rendez-vous chez certains spécialistes.
J’attends donc vos idées, j’insiste. Parce que c’est à nous, patients de bouger. Pour illustrer le propos, la création de notre DMP (dossier médical partagé), nous y avons ou nous allons y avoir accès. Par ailleurs, officiellement, on informe les professionnels de santé que le patient doit être acteur de ses soins, responsable. Alors ? Nous les prenons au mot ? Nous prenons notre santé à bras le corps ?

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