Le petit bois

C’est curieux comme je suis extrêmement attachée au matériel.

Il y a cette maison et son terrain. Petite maison, grand terrain. 1000m2, peut-être.

Mes grands-parents se sont mariés en 1925 et sont venus s’installer à Etréchy. A 45 km de Paris dans l’Essonne (à l’époque, c’était la Seine et Oise). En 1930, ils ont fait construire cette maison. Mon père est né dans cette maison. En 1935.

La seconde guerre mondiale est arrivée, les tickets de rationnement sont arrivés et l’occupant aussi. Les Allemands se sont installés derrière ce grand mur, il y avait une très grande propriété.

Mes grands-parents n’ont pas souffert du rationnement, je ne pense pas. Ils avaient ce grand jardin et un champ. Ma grand-mère était fille de maraîcher, je me souviens que mon grand-père le rabâchait souvent : oui, toi, la fille de maraîcher !

Ce n’était pas forcément gentil.

C’est d’ailleurs pour ça que j’aime à dire : ah oui mais je suis quand même l’arrière-petite-fille d’un maraîcher (que je n’ai jamais connu !). J’aime à dire ça parce que dans le jardin, je fais tout au pif et c’est marche ou crève pour mes plantes !

Ils ont vraiment cultivé leur jardin, leur champ et en plus, ils avaient une chèvre et un cochon mais chuuuuut, c’était interdit, je crois. La chèvre allait au champ, un peu ; je crois que mon père l’emmenait parfois même qu’une fois, il avait eu peur car il y avait des bombardiers qui avaient survolé le champ pour aller bombarder un peu plus loin, à Etampes. Il y avait un appentis pour la chèvre et le cochon, cet endroit s’appelait la bique. Je crois que quand ils ont voulu tuer ce malheureux cochon, ils l’ont un peu raté et le pauvre s’est mis à hurler. De l’autre côté, il y avait les Allemands !!! Aïe !

Mais les Allemands étaient sourds.

Il y avait aussi un poulailler avec des poules, des clapiers pour les lapins.

Je n’ai évidemment pas connu les Allemands, je n’ai pas connu la chèvre, ni le cochon mais j’ai connu la bique, c’est là que ma grand-mère entreposait les grains, le son pour les poules et les lapins dans de grandes lessiveuses. J’ai connu les poules, au moins un coq qui n’était pas sympa (il m’avait pincé avec son bec) et les lapins. Les bébés lapins. Ooh les bébés lapins : j’ai réussi à en adopter un, une fois. Les autres, les pauvres.

J’allais avec ma grand-mère à la bique, remplir une boîte de conserve de grains pour les poules. Je me souviens aussi malaxer avec mes mains le son et les épluchures de pommes de terre. Je me souviens de l’odeur du son. Je me souviens ramasser des pissenlits dans le jardin pour les lapins.

J’allais chercher les œufs aussi. Ils étaient encore parfois tout chauds.

Je me souviens de la cueillette des cerises, des groseilles, des mirabelles et de la confiture en ébullition sur le fourneau au sous-sol. Je me rappelle les œufs au lait cuits dans des ramequins qu’on appelait raminequinses. En dessert, on avait des raminequinses. J’adorais ça. C’était bien meilleur que les oeufs au lait.

J’ai eu mon petit potager où je faisais pousser des radis, où je plantais quelques pommes de terre.

J’avais toute une collection d’escargots aussi que je nourrissais, que j’observais faire la course.

J’ai vu un orvet une fois près du compost. Une fois.

Et il y avait le petit bois. Notre petit bois à mon frère et moi, c’était près de la clôture, 3 ou 4 arbres et un fouillis sans nom de plantes des bois, il y avait des Kerria aussi. Avec mon frère, on coupait quelques tiges et on faisait des arcs et des flèches. On se cachait dans notre petit bois.

Je ne suis pas née dans cette maison mais j’y ai vécu les deux premières années de ma vie avec mes parents et mon frère. On était à l’étage. Puis il y a eu l’épisode scarlatine de mon frère, à ce moment-là, j’y ai passé environ un mois quand j’avais 7 ans.

Toute ma jeunesse, j’y allais au moins une fois par semaine. Ma grand-mère avait énormément d’importance pour moi. Elle est décédée en 1999 à l’âge de 97 ans.

Mon frère m’a dit, il y a environ un an ou deux : on peut vendre maintenant, ça y est, j’ai fait mon deuil.

Je l’ai regardé étonnée et je lui ai dit : ah bon ? Ah mais pas moi, suis pas prête !!!!

J’exagère.

J’ai réussi à accepter de vendre une partie du terrain. Là, où il y avait le petit bois (qui n’existe plus), là où il y avait le poulailler, le mirabellier et où il y a encore la bique. Avant d’aller signer la vente, chez le notaire, vendredi, je suis allée prendre des photos.

J’ai pris aussi le portail en photo. J’ai pris cette barre qui permet à l’une des parties du portail de rester fermer, cette barre qu’on rabattait sur le pan qui s’ouvrait, comme ça, si quelqu’un voulait entrer, il était obligé de tourner cette barre de l’autre côté et ça grinçait et on l’entendait arriver !

 

 

 

 

 

Le poulailler et la bique, tout au fond, au fond. Le petit bois sur la gauche.
la bique – extérieur
la bique -intérieur
derrière, les Allemands
les clapiers et le nichoir des poules
la barre signalant l’intrus
le petit bois qui n’a plus rien d’un petit bois

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s