Le boxeur

J’ai retrouvé un texte que j’ai écrit en 2017. Une métaphore de ce que je vivais à l’époque. Je pense que j’étais en burn-out à ce moment-là. J’avais partagé ce texte sur Facebook. C’est marrant parce qu’un ami orthophoniste Facebook qui ne like jamais ce j’écris, qui ne met jamais de commentaire, m’avait demandé si j’allais bien. Le seul avait senti.
Aujourd’hui n’a rien à voir avec ce je vivais à l’époque. Mais combien de personnes traversent ce moment d’épuisement, de grande lassitude, de burn-out ? Courage à elles.

Le boxeur

 « Une image tourne dans ma tête, elle tourne, tourne. Ou plutôt, je tourne autour d’elle. Je filme. C’est un boxeur.  Il est beau comme peut l’être un boxeur. Grand. Musclé évidemment, le corps façonné par des heures et des heures d’entraînement. Bien campé sur ses deux jambes. Il boxe.

Torse nu, jambes nues. Il tourne autour de sa proie, tel un félin, les bras relevés pour se protéger le visage, les yeux plissés, il observe et paf, soudain, le bras droit se détend et il frappe. D’un coup sec et précis et il se replie aussitôt. Revient à la position de départ, les bras relevés, en mouvements toujours. Il tourne. Observe. Et frappe. Crochet gauche, uppercut. Position de repli, et il tourne, tourne autour de son adversaire. La tête dans les épaules, il frappe, frappe. Se recule et revient à la charge. Bien sûr, il se prend des coups mais il assure, il est entraîné. Entre deux rounds, il s’assoit sur son tabouret, il retire son protège-dents, crache, on l’éponge, l’essuie, le claque dans le dos pour l’encourager. Il souffle sans jamais quitter des yeux son adversaire.

Et hop, il se détache du tabouret, tel un ressort, il saute de nouveau, petits pas de danse, il tourne. Il avance, frappe et recule. Il recommence. Toujours.

Au fil des rounds, il se prend des coups, il saigne mais ce n’est pas grave, c’est le jeu. Un coup sur la tempe, il est sonné. Il secoue la tête, c’est rien, il est là, encore et encore, paf, drop droit, swing, il se replace.  Direct. Uppercut. Il se replace. Toujours en sautillant. Bing, l’arcade est touchée, le sang l’aveugle mais ce n’est pas grave, c’est le jeu, il est là, toujours.

L’autre, en face, est toujours là, lui aussi, impassible, bloc de granit. Les coups ne semblent pas l’atteindre. Il ne bouge pas. Il tape. Tape et re-tape. En rythme. Méthodiquement.

Le boxeur se prend des coups. Ça fait mal. Tous ses muscles hurlent de douleur mais ce n’est pas grave, c’est le jeu. Il ne baisse pas la garde, il entre un peu plus la tête dans les épaules, il serre les dents juste un peu plus fort. Et il se replace, sautille encore. Jeu de jambes. Le sang l’aveugle mais il ne perd pas son adversaire des yeux. Son cerveau brûle, son corps tremble mais il est là, toujours. Sa garde s’affaisse un peu mais elle est là aussi, toujours. 

Ses jambes moulinent maintenant, il n’en peut plus. Alors, il arrête de tourner autour, il affronte dès lors, se pose face au molosse, le fixe. Il ancre ses pieds dans le sol, il ne tombera pas. Et l’autre le frappe, le frappe. Le frappe encore et toujours. Il vacille, vacille mais ses pieds s’accrochent au sol, il ne tombera pas. »

Aujourd’hui, je peux dire que je ne suis pas tombée. Parce que j’avais Jak auprès de moi qui m’a beaucoup aidée. Merci à lui.

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