Avec Jak, on s’est dit qu’il fallait absolument changer le portail (je vous raconterai peut-être un jour pourquoi il faut le changer). Et puis, il y a les portes des quatre garages, hyper lourdes à relever, rouillées complètement, qu’il faut envisager de changer aussi. Et leur toit en fibrociment. Le couvreur nous presse un peu et nous a envoyé un artisan portier pour faire un devis pour les portes.
J’ai appelé l’artisan mercredi et il est venu dès le vendredi avec un ouvrier. Alors, je dirais que l’artisan a une jeune cinquantaine, un mec plutôt grand et baraqué. Joyeux. Enfin, je l’ai senti grande gueule, ironique et cynique tout comme je peux l’être aussi. A priori, ça ne me gêne pas, moi aussi j’aime jouer.
Son ouvrier, autour de 30 ans, un peu gras. Il semblait avoir une place importante, son patron lui demandait son avis. Ça, ça me plaisait bien.
Je leur montre le portail à changer avant que Jak n’arrive. Je les sens très sûrs d’eux. Moi, je dis que je souhaite un portail dans le style de la maison mais sans idée préconçue, j’attends qu’ils me montrent des portails. Ils balaient assez vite mon souhait : mais enfin, vous n’allez pas mettre une fortune dans un portail, ce n’est qu’un portail. Bon, et puis, il faudra couper votre arbre.
…
Moi : je voudrais un portail gris anthracite !
Eux : pourquoi pas blanc ?
Moi : parce qu’en face, ils ont mis un portail gris anthracite, ça fera une unité. Et les silex de mon mur sont gris.
Nous nous mettons d’accord pour un portail 2 portes un tiers/2 tiers. Gris anthracite.
…
Jak arrive entre-temps, on va voir les garages.
Moi : ce serait bien que les portes des garages soient gris anthracite.
Eux : oui, bon, pourquoi pas blanc ?!
Moi : parce qu’en face, les voisins ont mis du gris anthracite et les silex…. Et de toute façon, ils vont être tagués et en gris, ça se verra moins.
En fait, étonnamment, ils contredisent tout ce que je propose.
D’ailleurs, à un moment, l’artisan se tourne vers Jak et dit : on va demander au chef de famille !!!
Alors, curieusement, ça, ça n’est pas passé.
Je lui ai dit : non mais c’est MOI le chef de famille !!
Je m’excuse auprès de Jak, je n’aurais pas dû dire ça parce que je ne suis pas plus cheffe qu’il n’est chef mais c’est insupportable qu’à l’heure d’aujourd’hui on en soit encore là. Pétard, je l’aurais pilé sur place.
Evidemment qu’aujourd’hui, on en est encore là ! Mais j’ai passé ma vie à être autonome. Tout ce que j’ai, c’est grâce à moi, je n’ai pas attendu Jak, ni personne pour en être là. J’ai fait en sorte d’éviter les chefs en travaillant en libéral. Et l’autre me qualifie de subalterne dans ma famille !!!
La suite est drôle aussi. Jak lui a donné nos deux adresses mails pour recevoir les devis. Curieusement, dimanche, il n’a envoyé qu’un devis, celui du portail et uniquement à MOI. Un devis à signer par retour.
Je suis sûre qu’il l’a fait exprès.
« Attends, la féministe de mes deux, tu vas voir, tu veux être chef (je n’écris pas chefFE parce que l’écriture inclusive n’est forcément pas dans ses gènes), bah, j’vais rigoler. »
Bah rigole, moi, j’écris !!
Donc je regarde le devis et je ne comprends rien : je ne vois pas le portail en deux morceaux comme prévu. Et comme je doute beaucoup de moi, je dis à Jak : regarde, j’ai dû rater un truc.
Non, je n’ai rien raté.
Jak lui écrit le lundi pour lui dire qu’on avait dit un portail en deux morceaux un tiers/deux tiers.
L’artisan lui répond qu’en fait, le constructeur de portail ne fait pas ce genre donc ce sera un portail en un seul morceau.
Et ça ne pouvait pas être précisé quand il m’a envoyé le devis ?! Bah non, des fois que je signe comme une grosse gourdasse, sans réfléchir. C’est bien connu, les femmes n’ont pas de cerveau.
Je ne suis pas étonnée de sa réaction. Encore un truc marrant, c’est que Jak n’a absolument pas ressenti ce que moi, j’ai ressenti dès le départ. Forcément, il n’est jamais confronté à ce machisme, à cette supériorité de mâle qui pense que l’intelligence se situe dans les couilles et les muscles. Bon, en même temps, là, Jak a compris et il a pris conscience que dans la tête de ce type-là, il est « une pauvre lopette ».
Je ne suis pas sûre que cet artisan ait envie de travailler pour nous. Ça tombe bien parce que nous ne ferons pas appel à lui.
Merci à lui de me donner de la matière pour écrire.

Oui, le machisme est un souci mais la fleur est bien plus jolie.