Extrait de « la maison de Claudine » de Colette – La couseuse.
« Votre fille a neuf ans, m’a dit une amie, et elle ne sait pas coudre ? Il faut qu’elle apprenne à coudre. Et par mauvais temps, il vaut mieux, pour une enfant de cet âge, un ouvrage de couture qu’un livre romanesque. (…) il faut maîtriser les grandes joies. Mais faut-il les simuler ? J’écrirai la vérité : je n’aime pas beaucoup que ma fille couse. »
C’est drôle.
Je viens de terminer ce livre. Les descriptions sont magnifiques, riches. Je me suis arrêtée plein de fois dans ma lecture pour sentir cette ambiance qu’elle nous a donnée, pour m’embarquer sur ses pas, m’imaginer au côté d’elle, à cette fin du 19e siècle, début 20e.
Et puis je me suis saisi de cet extrait parce que je me suis retrouvée, moi, petite fille. Avec une mère qui me faisait mes robes, me tricotait des pulls. Je me souviens qu’au CP, il avait fallu faire un genre d’abécédaire sur un canevas, il avait fallu compter les carreaux pour réaliser les lettres : j’étais complètement nulle, ça me gonflait. L’état de mon canevas : un vrai torchon tout dégueulasse, taché. Mes doigts avaient sué à grosses gouttes dessus. Je crois que je ne l’ai jamais fini.
A chaque fois que j’étais malade, ma mère s’évertuait patiemment à m’apprendre à tricoter. Chaque fois. Dès que j’allais mieux, je m’empressais d’oublier.
Je ne voulais absolument pas apprendre à coudre, à tricoter. Est-ce que c’était pour ne pas ressembler à ma mère ? Je ne pense pas. En fait, je crois que j’avais compris que ces activités étaient essentiellement réservées aux filles et je ne voulais surtout pas avoir le statut de fille qui était inférieur à celui du garçon. Je crois que je l’ai senti très, très tôt. Peut-être parce que dans ma famille, c’était comme ça.
Néanmoins, il est bien possible que ma mère ait aussi tenté d’apprendre à tricoter à mon frère quand il était malade. Malgré tout. A vérifier.
Anecdote à retrouver dans la bio qui est en cours d’écriture. Patience.