Samedi soir, Jak et moi, nous nous sommes retrouvés aux urgences d’Etampes.
Mais avant, par expérience, j’ai voulu appeler le 15.
D’abord pour voir si on ne pouvait pas trouver une solution pour nous éviter de nous déplacer.
L’appel a duré 28mn38s. N’allez pas croire qu’il y a eu un échange durant ces 28 mn. Avant de pouvoir parler à quelqu’un, il s’est bien passé plus de 5mn. Puis nous avons été en attente pour parler avec un médecin qui nous a confirmé d’aller aux urgences.
On arrive aux urgences. A mon avis, il doit y en avoir plusieurs à Etampes. Parce que nous sommes arrivés dans un couloir exigu où il y avait l’accueil, une infirmière enfermée dans un bocal qui a enregistré notre arrivée avec la carte vitale et la carte d’identité. Sur le côté, un petit renfoncement avec un monsieur dans un fauteuil roulant qui geignait et une porte. A droite de l’entrée, un couloir de 3m maximum avec 4 chaises et une autre chaise ajoutée contre le distributeur de boissons. Une porte. 3 chaises étaient occupées par une patiente qui attendait son tour, accompagnée par sa copine ou sa sœur, un monsieur qui a fini par partir. Jak s’est installé sur la 4e chaise et moi, je me suis assise contre le distributeur. A côté, une porte avec des voix derrière.
Aucune place pour un quelconque brancard. A mon avis, il y a une autre entrée pour ceux qui arrivent en ambulance.
Bref, la porte s’ouvre, une femme en pyjama pilou-pilou sort tandis que la jeune femme entre.
Le monsieur dans son fauteuil roulant doit aller faire pipi dans un flacon que l’infirmière dans son bocal lui a donné avec des lingettes pour qu’il se lave un minimum. Il est parti aux toilettes avec le flacon tandis que les lingettes sont restées bien sagement sur le comptoir de l’accueil. Tant pis.
Il vient se réinstaller dans le fauteuil roulant, il geint. Manifestement, il a mal.
Moi, il m’énerve. Je me dis : nanmè, il aurait accouché, il saurait ce que c’est que d’avoir mal.
Est-ce qu’il m’énerve parce qu’il n’a pas pris les lingettes pour se nettoyer ou parce que c’est un homme qui geint de douleur ?
Je me ressaisis et me dis : mais qu’est-ce que tu sais de sa douleur ?!
Il geint, il va dire à l’infirmière de l’accueil : j’ai trop mal, je voudrais voir le médecin !
Elle lui répond : chacun son tour, patientez un peu !
Pas un mot sur la douleur du monsieur.
Je me dis qu’est-ce qu’elle sait de sa douleur ?! Rien ! Et elle n’en fait aucunement mention dans sa réponse.
La jeune femme sort de sa consultation (faite par une infirmière), le monsieur se lève du fauteuil roulant et entre à son tour. Moi, je suis toujours à côté de cette porte et du distributeur de boissons.
Alors, je peux vous dire que ce monsieur s’est fait opérer de la prostate, il n’y a pas longtemps !!! Comment je le sais ? Ma chaise était vraiment à côté de la porte. Si j’étais une vraie commère, j’aurais pu tout écouter et vous raconter sa situation médicale. Je me suis retenue. Par respect.
Il est ressorti et est retourné s’asseoir dans le fauteuil roulant. Ce fut le tour de Jak à aller dans cette pièce. Moi, j’essayais de recharger mon téléphone et de lire pendant ce temps-là. Et je me disais que si le monsieur recommençait à geindre fort, je me lèverais et irais parler avec lui.
Je n’ai pas eu l’occasion parce qu’on m’a envoyée dans cette salle d’attente vide pour attendre Jak.
Je me disais qu’il ne fallait pas grand-chose pour aider ce monsieur à supporter la douleur en attendant le médecin. Je suis persuadée que si un soignant avait pu prendre le temps de lui prendre la main en lui parlant, il aurait tout de suite mieux supporter cette douleur.
Moi, si je m’étais levée pour le voir, je lui aurais demandé de chercher dans sa tête un endroit où il aime aller et d’aller s’y réfugier. On aurait parlé couleurs, bons souvenirs. Histoire de le détourner quelques instants de cette douleur.
L’infirmière à l’accueil qui n’était pas débordée aurait pu tout à fait le faire mais on ne lui a pas appris sans doute.
On soigne en oubliant qu’on soigne UNE Personne, une vraie avec une vie et des émotions.
A part ça, les soignants ont tout à fait été corrects et respectueux tout au long de notre péripétie.
